" SIMULACRES "
Exposition de photographies du 2 au 21 décembre 2002
Galerie d'art espace Caviole
Cahors (Lot)
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Comme son petit personnage qui court après le temps ou
se prend pour Sisyphe, Gilbert Garcin est un homme à part.
Un homme " décalé " qui s'est lancé dans la photo
à 63 ans et qui a réussi à séduire la marché
de l'art, avec du film n & b, de la colle et des ciseaux !
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" Faisant peu de cas des modèles dominants de la production photographiques, des stratégies et des tendances de l'art contemporain, Gilbert Garcin, primitif tardif, poursuit son uvre insolite, avec l'audace et la franchise tranquilles des dilettantes et des néophytes que n'effarouchent ni les poncifs ni les canons, au contraire les envisagent avec sérieux, les retournant dévotement, avec respect et passion, ce qui reste la meilleure manière de leur restituer leur puissance explosive.
L'imagerie de Gilbert Garcin, limpide et compacte, ne simule ni
ne trompe l'il du spectateur, rompu à la représentation
analogique, dûment certifiée par les réalités. Au
contraire, elle affirme son artifice, en toute candeur.
Le prestidigitateur revendique la fabrication artisanale et son bricolage :
pliage et découpage, éclairage et cadrage de maquette, incrustation,
collage et récupération ludique de tout ce qui lui tombe sous
la main, comme matière et langage photographique.
Ces mises en scène opèrent selon la magie du mode conditionnel, fondateur des fictions enfantines, qui démarre le jeu et fonde la croyance.. Elles changent d'échelle, dénaturent la fonction et ruinent l'ordre du monde en le mimant. Poésie ingénue et angoisse jubilatoire du pouvoir d'hypothèse qui mine les incertitudes, explose le sens, en en révélant les travestissements.
Dans les photos de Gilbert Garcin, un petit homme, promeneur en pardessus boutonné,
cravaté, bien rasé, se consacre vaillamment à réaliser
la consigne du rêve ? . Avec une authenticité, une astuce, un dévouement
extrêmes, et une politesse exquise, c'est magique.
Quoique troisième âge, un peu dégarni, pas athlète
de foire pour un sou ; quoique retraité, dûment pensionné,
il ne chôme pas, il se dépense, il y va de son abrégé
électrique d'existence.
Ce faisant, dans chaque photo, tiré à quatre épingles, il nous tire d'affaire, l'épine du pied, pied de nez. Il tire sa révérence, sa charrette, enfant de la balle. Il tire les ficelles, les cartes, il se tire le portrait, et il se tire ailleurs aussitôt, ni vu ni connu. Voyez le tableau (le rêve) suivant
Ce petit homme, c'est quelqu'un, ou quiconque. C'est personne. Une vedette, incognito. Ou alors un bizarre. Assurément, c'est un de notre espèce, il nous ressemble. Mais en très singulier anonyme, drôle de particulier, vieil enfant du siècle rond-de-cuir, silhouette Kafka de bureau, dégaine Estragon ou Vladimir avant la déveine, cousin chagrin de Keaton, M.Loyal vacataire. Il sort du chapeau de Delvaux, débarque du solex de Hulot, des poches de Charlot, en congé des Temps modernes. Fataliste, solitaire, innombrable, impayable.
Dans ses tableaux photographiques, le petit homme de Gilbert Garin
vaque à des tâches titanesques et dérisoires, dans un non-lieu
de saison chronique. Ni calendrier, ni horloge, ou alors celle-ci dévale
à rebours la pente du Temps, comme une roue de vélo autonome,
il court derrière.
Le plus souvent, il campe, il attend. Mains au dos, il contemple. L'état
des lieux, ou soi-même. Circonspect.
Ou bien, tâcheron, il s'affaire à tirer, pousser, tourner, ramer
sur place. Tracer, effacer, dévider, enrouler. Il endigue, déménage,
range, mesure, arpente, équilibre, pèse les poids et mesures de
la Loi et de la Symétrie, de l'Ordre et du Désordre, respectueux
des formalités, cérémonieux pince-sans-rire, visiteur perplexe
ou désabusé.
Dédale et mathématicien, homme de ménage, il visite un
étrange théâtre d'ombres et de limbes, sa coulisse, ou ses
cintres. Parvenu au centre du plateau, c'est encore plus inquiétant,
et rien n'indique la sortie.
Cependant une question court l'ensemble, celle-ci tient à
la sommation du rêve initial : s'il y a une vie, une existence, à
quoi la résumer : à soi et ses actions, ou ses créations
; à nos objets et à leur fonction ? Au modèle, à
son image ? A son fantôme douteux, en reflet, en duplex.
Cet homme est rarement seul. Il a souvent son effigie inquiète comme
compagnie, face à face, en duo, en duel, et son ombre portée,
indocile.
Quand il n'est pas triple, décuplé
alors qui est le sujet,
le modèle original ? Objet de reproductibilité industrielle, la
photo a pâti de cette suspicion majeure de n'être qu'infini duplication
du fatal négatif
En tête-à-tête interrogatif
avec ses divers alter ego, aux prises avec ses accessoires en paires, le quidam
étrange, armé de son modeste héroïsme et de son détachement,
affronte sans faiblir l'énigme, la mortelle question nocturne des identités.
Avis aux populations.
Il est né le 21 juin (jour de solstice) de 1929, mémorable année
de crise.
A La Ciotat, France, ou arriva en trombe le premier train du cinématographe
Lumière.
Rue de Montevideo, une ville de loin
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